
Genève, Suisse, 24 Mars 2026-/African Media Agency(AMA)/- « Il existe plusieurs raisons pour lesquelles un traitement peut échouer », explique Majaha Mtshali, infirmier et responsable du service de la tuberculose à l’hôpital de Piggs Peak, dans le nord‑ouest de l’Eswatini. « Lorsque les patients ne prennent pas correctement leurs médicaments — en manquant des doses, en les prenant au mauvais moment, en recevant un traitement inadapté ou en l’arrêtant prématurément — les conséquences peuvent être graves. »
Parmi ces conséquences graves figure la résistance aux médicaments, c’est-à-dire lorsque le traitement de première intention ne fonctionne plus. La tuberculose multirésistante (TB‑MR), une forme de tuberculose causée par des bactéries résistantes à au moins deux des médicaments antituberculeux de première intention les plus puissants, est plus complexe et plus coûteuse à traiter. Comme la tuberculose sensible aux médicaments, elle peut également se transmettre facilement par voie aérienne lorsqu’une personne atteinte tousse, éternue, chante ou parle, en particulier dans les lieux surpeuplés ou mal ventilés.
C’est ce qui est arrivé à Babazile Ngwenya, âgée de 40 ans et originaire de Manzini, la deuxième plus grande ville d’Eswatini. Lorsqu’elle a contracté la tuberculose pour la première fois en 2012, elle a commencé le traitement de première intention, mais l’a interrompu après deux mois. Elle a ensuite développé une tuberculose multirésistante, probablement en raison de ce traitement inachevé, et a été hospitalisée pendant sept mois afin d’assurer l’adhérence. Pourtant, cela n’a pas suffi. Elle se souvient s’être sentie « dépassée ».
« Il y avait trop de médicaments, c’est pourquoi je ne suivais pas le traitement », dit-elle.
À cette époque, les personnes atteintes de tuberculose multirésistante devaient suivre un traitement allant jusqu’à 18 mois, combinant des médicaments oraux et des injectables administrés quotidiennement.
En 2022, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a recommandé un schéma thérapeutique plus court de six mois, entièrement oral, appelé BPaL(M), rendant le traitement plus simple et plus facile à suivre. L’Eswatini a adopté ce nouveau schéma en 2023. Il constitue désormais le traitement standard pour les patients diagnostiqués avec une tuberculose multirésistante.
« Les traitements plus courts, entièrement oraux, sont préférables parce qu’ils éliminent la nécessité d’injections quotidiennes douloureuses, qui peuvent prolonger le traitement jusqu’à 18 mois en fonction de la façon dont le patient répond au traitement », explique l’infirmier Majaha.
Lorsque Babazile a fait une rechute avec une toux persistante, des vertiges et d’essoufflement en 2024, il n’a pas été surprenant qu’elle soit de nouveau diagnostiquée avec une tuberculose multirésistante. « Il a été difficile pour moi d’admettre que j’avais encore la tuberculose », dit-elle. Elle a été hospitalisée pendant trois mois car elle souffrait également d’anémie, et elle a reçu le traitement BPaL(M) de six mois. Cette fois, elle a suivi ce traitement plus simple et a été guérie.
L’Eswatini fait partie des 30 pays les plus touchés par la tuberculose dans le monde. Selon les estimations de l’OMS, l’incidence de la maladie dans le pays s’élevait à 319 cas pour 100 000 habitants en 2024, incluant une incidence estimée de tuberculose multirésistante de 13 cas pour 100 000 habitants. « La tuberculose demeure une menace majeure pour la santé publique dans le Royaume d’Eswatini. La situation est aggravée par l’épidémie de VIH et la hausse des formes résistantes, difficiles à traiter », déclare Mduduzi Matsebula, ministre de la Santé de l’Eswatini.
Les personnes atteintes de tuberculose multirésistante sont hospitalisées si elles sont très malades au moment du diagnostic ou si leur environnement domestique ne permet pas une prévention et un contrôle adéquats de l’infection. Elles sont autorisées à rentrer chez elles lorsqu’elles sont stables et capables de poursuivre le traitement à domicile.
« L’adhésion au traitement commence par un bon conseil thérapeutique », souligne Majaha Mtshali. « Dès le début du traitement, on explique au patient ce qu’est la tuberculose et l’importance d’un suivi rigoureux. Pour les patients atteints de tuberculose multirésistante, disposer d’un accompagnateur thérapeutique est essentiel. »
Diverses mesures de soutien aident les patients à suivre correctement leur traitement. Les patients et leurs accompagnateurs reçoivent une allocation mensuelle de transport. Des kits alimentaires mensuels sont également fournis, couvrant les besoins de 4 à 6 membres du ménage. L’accompagnateur du patient, souvent un membre de la famille, reçoit une fiche sur laquelle il note chaque dose observée. Si un patient manque un rendez‑vous, le centre de santé le contacte. Si nécessaire, un agent chargé de veiller au respect du traitement se rend à moto au domicile du patient, afin d’assurer le suivi.
Pour Babazile, son système de soutien comprenait sa famille et ses collègues. « Je remercie ma mère d’avoir été là pour moi, de m’avoir donnée de l’amour et de l’attention quand j’étais à l’hôpital. Sans elle, je ne serais pas ici », dit-elle.
En Eswatini, 86 % des personnes diagnostiquées avec une tuberculose multirésistante en 2022 ont été traitées avec succès, et le nombre de décès dus à la tuberculose a diminué de 60 % entre 2015 et 2024. Cependant, en 2024, environ 54 % des personnes atteintes de tuberculose multirésistante n’étaient ni diagnostiquées ni mises sous traitement approprié. Pour relever ces défis, il faut un dépistage ciblé, une forte implication communautaire, ainsi que l’amélioration des systèmes de référence et de gestion des données.
L’OMS continue de soutenir le Programme national de lutte contre la tuberculose de l’Eswatini. En 2024, l’Organisation a contribué à l’élaboration du nouveau plan stratégique national de lutte contre la tuberculose 2024‑2028 et au déploiement des systèmes de radiographie numérique avec diagnostic assisté par ordinateur pour renforcer la détection des cas. Elle offre aussi un appui technique continu pour améliorer la qualité des services de tuberculose et renforcer la gestion du programme.
« L’OMS continuera de jouer un rôle clé en soutenant le pays dans l’accélération de la réponse à la tuberculose, conformément aux dernières directives de l’Organisation », indique la Dre Susan Tembo, représentante de l’OMS en Eswatini. « Une collaboration étroite avec les communautés touchées et la société civile demeure essentielle pour garantir un accès équitable aux soins. »
Babazile a retrouvé son emploi de vendeuse dans une boutique à Manzini, un poste qu’elle avait dû quitter lorsqu’elle est tombée malade. Elle est en bonne santé et reste optimiste. « La tuberculose peut être traitée et guérie, à condition de se faire dépister et soigner dès que l’on présente des symptômes », souligne‑t‑elle.
Distribué par African Media Agency (AMA) pour l’Organisation Mondiale de la Santé
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